Expérience personelle blessante, formatrice pour la personnalité
admin | 20 juin 2008 | 18:40Gourgouiilon
Baptiste 1°ES2
L’expérience que je vais vous raconter est sans aucun doute le fil conducteur de ma personnalité, car elle a sûrement conditionné ma manière de percevoir le monde qui m’entoure.
La scène se déroula alors que j’allais entrer dans ma sixième année, c’est à dire en 1995. Moi et ma famille avions décidé de passer les fêtes de Noël ensemble, dans le seizième arrondissement, lové dans la paisible chaleur de l’appartement haussmannien appartenant à ma tante Joséphine. A l’approche de Noël, j’avais pris le plus grand soin, comme le veut la tradition, d’écrire sur une liste tes jouets qui feraient mon bonheur. La soirée commença à partir de sept heures, nous nous installâmes donc autour de l’imposante table Louis XV en bois de rose, affublée d’une nappe rouge et blanche fort ridicule ornée de petits pères noëls au sourire niai. La cheminée crachait régulièrement ses braises, éclairant la partie extrême du salon, la plus intime, composée de canapés de cuir anthracite disposés en angle autour d’une table en verre au design hasardeux, tandis que l’immense chandelier central permettait de créer un halo de lumière suffisamment nourri afin que tous les convives se vissent. La pièce, qui respirait l’opulence, était agrémentée d’un parquet de bois de chêne en points de Hongrie et recouverte d’un tapis d’Orient en soie, mesurait vingt cinq mètres de iong et cinq mètres de haut, et éblouissait notre regard candide, ne faisant que provoquer en nous une volonté plus ferme que jamais de respecter les usages, le sens des convenances, car ma mère et mon père étaient intransigeants sur ce point là.
Une fois assis, après que les longues et faussement pertinentes conversations entre adultes blasés se fussent taries, ma soeur et moi décidâmes d’un commun accord de nous livrer à notre occupation favorite : la dispute et les chamailleries, étant donné que quiconque ayant une soeur ou un frère connaît ce genre de pugiiat coutumier de la jeune enfance et de plus tard probablement, nous n’allions donc vous l’avez bien compris pas faire exception. Ma soeur, plus âgée de trois ans que moi, dont l’ego fut toujours surdimensionné, prenait un malin plaisir à me démontrer par a+b que la gente féminine était congénitalement supérieure à la gente masculine, et ce dans tous les domaines, ce qui impliquait, à mon grand damne, car étant chétif de nature, Sa force physique pure, employée ici dans le défi de chamaillerie auquel nous allions nous livrer. Elle était plus âgée que moi, ce qui ne m’empêcha tout de même pas de me raisonner, n’étant pas l’initiateur de ce projet mais simple participant, et de me persuader que je ne devais sous aucun prétexte céder à la provocation puériie de ma soeur. Dehors, l’a nuit enveloppait Paris et il devait faire assez froid, à en juger de la buée qui se formait aux encoignures des fenêtres disposées le long du salon. Le contraste saisissant entre un extérieur froid et meurtrier et un intérieur doux, chaleureux et protecteur acheva de torturer mon subconscient qui, baignant dans l’alchimie d’un monde extraordinaire et pacifique, se décida à reiever le défi lancé par Caroline, consommant ainsi une tentation fugace mais tenace. Désinhibé par la fatigue de la fin de journée et bien décidé à en découdre avec mon a (ter ego féminin, j’entamai le combat. Je glissai silencieusement mon pied sous la table (je me trouvais lors de cette réception en face de ma soeur) et le recourbai dans un souci de précision, la deuxième étape étant rendue plus difficile que la première, due à la flexibilité réduite du scaphoïde, des os métatarsiens et des phalanges du pied de l’Homme. Ma soeur, attendant que j’entame le “combat”, flottait sur son nuage de tranquillité, et, jouissant de son verre de jus d’ananas et se gavant de petits biscuits appelés crackers que notre père lui proposa, ne prêta pas attention à mon audacieuse entreprise. Quand enfin elle tourna sa tête vers moi, je lui fis un de ces sourires malicieux et coquins qui signifiait qu’elle s’était faite prendre au piège. J’avais évidemment bien calculé mon opération, car le coup
était parti : Caroline s’étala alors de tout son long, tombant à moitié sur les reins, sur le parquet. Il est inutile de préciser l’effet d’un liquide sucré sur un matériau si fragile : le fameux liquide, à base d’ananas, commencer à se répandre et a s’imprégner de manière irréversible dans les fibres du bois. Les invités en bout de table, malgré le bruit important causé par la défaite cuisante et prématurée de ma soeur, ne prêtèrent pas attention à l’incident, car profondément plongés dans leur conversations. En revanche, ce dernier n’avait en aucun cas échappé à ma mère, qui, honteuse, se leva d’un bond et donna, telle une furie, une gifle monumentale à ma soeur, qui, abasourdie et encore sous le choc de la chute, ne réalisa qu’à moitié le châtiment qu’elle venait d’endurer.
Alors que je me sentais tout puissant plongé dans une ineffable sensation de plénitude, comme si je venais de m’acquitter d’une lourde tâche, ma pauvre soeur quant à elle avait été blessée dans son orgueil, et je savais mieux que quiconque qu’il ne faut pas s’approcher d’un animal blessé. Cette fois-ci, à ma plus grande stupéfaction, ma soeur me fit un sourire narquois, presque fier, et même si la victoire du défi avait été mienne, j’aurai tout de même jugé bon de lui donner une seconde correction afin de lui prouver définitivement que j’étais le meilleur. Son sourire, même si je ne possédai q’une expérience plutôt courte et unique des femmes, était sans aucun doute très hypocrite, et ce que ma diablotine de soeur entrepris de me faire plus tard confirma malheureusement mes hypothèses quant aux possibilités de vengeance qui aurait pu s’offrir à elle. Cette dernière tomba de nouveau de sa chaise, et la viciosité et la lâcheté de la scène résidaient dans Se fait que cette chute était délibérée, à mon intention bien évidemment. L’expérience précédente m’avait prouvé plus ou moins que ma mère se doutait que l’incident de ma soeur était une supercherie préparée par mes soins, mais je jouissais du bénéfice du doute, et elle n’était pas en mesure de réunir assez de preuve pour m’inculper dans l’entreprise de cette fautjugée grave, et elle jugea probablement bon en elle même de corriger sévèrement Caroline afin que dans l’éventualité ou ça aurait été moi qui avait initié le projet, je sois prévenu de ce qu’il en coûterait de tomber de sa chaise ou de faire tomber quelqu’un de sa chaise. Surtout que Caroline étant férue de danse, et de ce fait très agile, ce qui ne justifiait pas aux yeux de notre mère qu’elle ne pût se rattraper d’une manière ou d’une autre. Ceci pour vous dire que le scénario se répète, ma mère se leva, et à ce moment, avant que la claque fatidique ne rougisse les joues porcines de ma tendre soeur, qui se trouvait être dans un état moins piteux que la dernière fois, ( étant donné que cette fois cl elle avait pu se réceptionner sans rien renverser sur le parquet ni en se faisant mal ), cette dernière se mit à tenir à nos parents et a la première moitié de table un discours fluide, enjolivé et structuré dont la trame résidait dans l’argument visant à m’inculper d’avoir poussé lors de cette deuxième chute fa chaise louis XVI, et d’avoir dans un même temps cassé le pied de cette dernière, la dernière accusation ayant été pourtant causé par elle, même si cet élément avait été indépendant de sa volonté. Une fois le discours achevé, la fureur qui habitait ma mère, qui avait progressivement diminué tout au long de l’argumentation minutieuse de Caroline, se raviva brusquement, et le froncement de sourcils châtains de ma mère, les yeux livides, me lançant des poignards dans le regard achevèrent de compléter ma vision diabolique de ma mère et annonçaient un moment douloureux et déterminant dans mon existence. Mon père, qui voulait épargner à ma mère de se perdre en emportements inutiles à cause du petit garnement que j’étais, décida de prendre la parole, qui se présentait telle une remontrance sévère, étant donné que mon père, habituellement d’un calme olympien paraissait pourtant avoir cédé à mes gamineries, l’empêchant de profiter de cette merveilleuse soirée. Il me cracha littéralement que se conduire de la sorte était indigne pour mon âge, qu’il ne comprenait pas pourquoi je ne suivais pas l’exemple de ma soeur, ce qui eu pour effet de me mettre dans une colère intérieure brûlante, et de lui tenir tête, au lieu de baisser les yeux comme il aurait été d’usage. Aussi, il prévint ma soeur que la délation n’était pas une vertu, commentaire qui fut bien vite oublié par l’assistance, comparé au châtiment dont j’allais être la victime, pour cette fois. Mes parents, quoique régis par des règles de vie laconiques et utiies ( on ne peut pas concevoir un système de valeurs lorsque l’on a 6 ans
autrement que par les punitions que l’on encoure quand on s’avise de ne pas tes respecter ) se révélèrent alors très prolixes et n’en finirent pas de m’accabîer de défauts innombrables qui n’affectait pas le colosse de pierre que j’étais devenu : à demi en catalepsie, dégoulinant de sueur, j’étais prostré devant mon père tel un templier, endurant les Invectives tel un soldat qui subit la guerre qui passe sans broncher, ne courbant jamais l’échiné, fier, fort, Invincible. Je m’étais mortifié, figé, enfermé dans un entêtement plus fort que tout, les poings serrés au paroxysme, le visage crispé respirant l’anarchie, quoiqu’une petite larme coulât sur ma joue, c’est dans cet état que j’étais résolu à entendre le verdict que mes parents, qui n’avaient cessé de comploter après avoir été corrigé par mon père, me réservaient.
Mes bourreaux, après que mon sort fut décidé, me jetèrent un ultime regard de cruauté, et d’un petjt nre sadique ma mère me fit remarquer :
-” Dis moi, trésor, c’est Noëi, n’est ce pas ? “. C’est à ce moment précis que je compris que c’en était fini de moi. Mon père renchérit en me promettant que pour avoir soit disant renversé ma soeur, je serai privé de cadeaux le lendemain, et je réalisai alors amèrement qu’il était vain de se justifier, puisque la première fois, ou j’avais bénéficié du doute, avait été volontaire, alors que la seconde fois, je n’avais pas participé à l’incident ce qui n’empêchait pas mes parents d’être absolument convaincus de ma culpabilité dans cette deuxième Idiotie. Tout s’effondra d’un coup d’un seul autour de moi. De colère, marqué par ce terrible coup du sort, je jetai la serviette verte ornée de pères noëi par terre, et couru en pleurs jusqu’à la chambre dans laquelle j’avais pris l’habitude de coucher chegma tante, plus particulièrement lors des réveillons car nous ne voyions tante Joséphine que à l’occasion des fêtes de fin d’année. Une fois couché, je ruminai alors ma haine tout le long de la nuit jusqu’au petit matin, entendant à travers les longs corridors de l’appartement les éclats de voix et les effluves aguichantes émanant de la seule pièce éclairée qu’était le salon. A mesure que les invités partaient se coucher, rassasiés de mets somptueux, ivres de vins, et gavés de saumon et de fois gras, ces bruits qui ne cessaient de résonner dans ma tête comme un échec notable ne devinrent bientôt plus que des gargouillis et borborygmes lointains, avant de s’étouffer totalement sur les coups de cinq heures du matin, lorsque la fameuse lueur de la pièce centrale, qui avait tout au long de la soirée remplit de joie la maison et perpétué une belle tradition chrétienne, s’éteignit enfin. Malgré les événements de la soirée, je dormais, tel un mort, les bras croisés sur le torse, mort pour l’honneur, l’honneur de justifier un crime dont je n’étais pas coupable.
Le lendemain, ce qui est évidemment une façon de parler puisque nous étions déjà le “lendemain”, je me réveillai emplit d’une sensation aqueuse excessive de chaleur m’entourant : j’étais transi de peur, triste, et englué de sueur. C’est titubant, i’oeii torve et dans un état comateux de transe avancée dans lequel on se trouve lorsque l’on n’a pas suffisamment dormi, que je parvins à me lever mon lit pour entamer une périlleuse traversée jusqu’à la salie des cadeaux, le salon qui faisait ce soir la aussi office de salie à manger. En passant par les couloirs, la lumière naturelle d’un blanc éclatant filtrait à travers les fenêtres et venait éclairer les longs couloirs ensommeillés qui se jouxtaient. Dehors, il devait geler, et les immeubles, véhicules, clôtures et jardins se trouvaient enneigés, provoquant en moi un charme et une sensation indicible de calme et de volupté, sensation d’apaisement, comme si je fus enveloppé dans un drap protecteur d’une blancheur parfaite et d’une douceur inouïe. Je traversai les couloirs patiemment, un à un, d’où ressortait une impression étrange que ces lieux la veille si enjoués et animés étaient alors mortellement déserts. Pas une âme qui vive. Tel un caporal qui se frayerait un chemin à travers les monceaux de cadavres de ses recrues mortes la veille sur le champ d’honneur au combat, pour évaluer les pertes de la division, je parvins au terme de longs et douloureux efforts à la pièce centrale, dont la table, jonchée de bouts de pain, de serviettes, de bouteilles, de bûches à moitié consommées, d’assiettes remplies de toast encore tièdes, de bouts de chocolat, de tranches de rôtis de boeuf, et les verres à moitié plein de boringer ainsi que les tâches de maladroits convives sur fa nappe bordée de pères noëi en piètre état achevèrent de peindre le tableau désorganisé, désarticulé, mais je dois l’avouer tout
à fait magique et irréel de cette salle. Au fond de la salie, dans le coins intime dont j’ai parlé au début, devant la majestueuse cheminée s’amoncelaient des piles entières de cadeaux que chacun s’était fait. Cette constatation raviva le mince espoir qui sommeillait en mon être et me convaincu de me lancer à la recherche d’un cadeau qui me serait destiné, en imaginant au meilleur des cas que mes parents auraient changé d’avis ou que ma soeur se fut dénoncée. Mais c’était mal connaître mes parents, et mes recherches, qui participèrent à la désorganisation complète de l’agencement fragile des cadeaux empilés, s’avérèrent vaines. Exténué, désespéré, malheureux et fou de rage, je me laissai tomber en arrière parterre, et demeurai dans cette position inconfortable livide, inanimé et pitoyable un temps infini, espérant que le tout-puissant porte ma misérable carcasse dans des lieux ou une âme meurtrie pourrait reposer en paix.
Cette fâcheuse expérience qui ternit mon enfance, achèvera de transformer le garçon ouvert et gentil que j’étais en enfant terrorisé, malheureux, craintif et introverti, et tout le contraire de généreux. Les dix ans qui me séparent de cet Incident ne seront jamais de trop pour tenter de pardonner l’impardonnable, et encore aujourd’hui je tremble et m’interroge et me pose des livres entiers de questions concernant les raisons profondes de cette punition, et de ce fait a fortiori l’inconséquence de mes parents qui a meurtri mon enfance. L’enfance est merveilleuse et paisible, et je ne pense pas que j’aurai assez d’une vie pour me débarrasser de ces taches inscrites à tout jamais en moi : j’aurai beau essayer d’analyser tout les éléments, de regrouper les idées, détacher les tenants, les caractères et les aboutissants, rien n’y personne ne pourra palier a mon incapacité à évoquer aujourd’hui sans trembler cet épisode qui m’a fait perdre ma candeur et joie de vivre juvéniles.
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