Echappatoire
admin | 20 juin 2008 | 18:34Chaque matin que le seigneur fait, je soulève péniblement avec les forces qu’il me reste ma carcasse blessée. Extirpé physiquement du lit, je me dirige nonchalamment vers la cuisine, alors que mon esprit baigne dans une volupté matinale sans équivoque. Douche, chocolat, sac, que de banalités qui s’amoncellent alors que je descend les escaliers. Je manque à plusieurs reprises de glisser. Je suis mal réveillé. Oui, ne je n’étais surement pas du matin. Qu’importe, tel un templier héroique je sors mon vélo du garage, manquant de trébucher sur le sèche linge au passage. Non, encore cette satané roue qui tape contre le battement de la porte alors que je commence à rougir de colère. Je n’y arrive pas. Les choses sont bloquées ce matin. Tout va mal, rien ne veut s’agencer naturellement. Qu’importe, à défaut de pouvoir penser et être constructif, la force sera mon guide. Je pèse alors de tout mon poids sur cette roue qui ne veut passer. Soudainement, dans un couinement pneumatique inquiétant, la roue en question se rabat violemment contre moi. Un énorme bleu s’était alors crée sur mon genou. Je m’en souciais peu, car ma petit entreprise avait été fructueuse. Je sors enfin l’outil de la maison. Un dernier tour nerveux de clé dans la serrure , avant de la remettre dans ma poche, puis d’enfourcher mon destrier d’acier. Je ne veux pas m’attarder ce matin. Je fonce, prenant tous les risques. Je coupe les rues au plus court, prend les angles les plus audacieux. La ville s’apparente alors à un circuit de formule 1 personnel. Je traverse la place du marche et le café en trombe, manquant de liquéfier trois quinquagénaires au passage, alors que leur café du matin fumote encore dans les caresses matinales du vent. Je suis dans la ligne droite, la dernière ligne. Voitures, passants, immeubles, tout passe si vite . Tout ces éléments parfaitement emboités et coordonnés paraissaient alors si désorganisés. Ils se balançaient en tout sens dangeureusement, au rythme de mes influx musculaires. Si les circonstances avaient été autres, on pourrait dire que j’assistai à la peinture d’un tableau cubiste, et cette floraison de couleurs mélangée me donnait le tournis. Heureusement, le drapeau de la victoire est proche, j’aperçois le lycée. J’aperçois le portail. Cet infâme batiment grossier, pompeux et sévère m’attendait. J’entre alors furtivement comme une trainée d’argent dans le lycée, pressé de reposer ma monture. Alors que je suis déjà dans l’enceinte, contemplant les colonnades au loin, cette petit flamme historique s’éteint bien vite , quand j’entendis quelqu’un me ailer au loin. C’était la sentinelle du lycée hoche. Gourdin à la main, air menaçant, du haut de sa tourelle éclairée faiblement dans les lueurs rosées matinales, cet homme m’inspirait une certaine peur. Je m’en moque , je suis déjà loin , hors d’atteinte, libre.
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