Le symposium
bonel | 24 mars 2008 | 13:48Hier, nous avons eu l’occasion de rapporter nos livres de français qui nous ont été ô combien utiles et précieux pour nos épreuves anticipées. À notre grande surprise, nous n’avons pu voir que deux têtes connues, à savoir un surveillant qui écoutait de la musique entraînante de nos jours dans la C142, la salle célèbre aux champignons, et le gardien qui, malheureusement, voit défiler chaque jour plus de 2000 personnes dont 100 seulement disent “bonjour”, “bonne journée”, “au revoir” ou même “merci pour la grille”.
Nous avons été étonnés, puisque les disques tant attendus du “symposium chercheurs et ingénieurs ; avenir et carrières scientifiques” nous ont enfin été remis, après trois mois d’attente. Sur la pochette cartonnée, nous pouvons lire aisément les trois lettres de la firme I**, très connue pour ses solutions de “business” et ses serveurs performants. La photographie présente sur la pochette montre des élèves captivés par la conférence, nous pouvons voir des sourires sur certains visages : effectivement, tout un chacun a été ô combien satisfait d’en apprendre tant sur le merveilleux avenir offert par les études scientifiques, qu’il soit dans une entreprise ou dans un cercueil.
Pour commencer, Madame J. D**** nous a remerciés d’être “venus si nombreux”. Tonton B******, en effet, avait “l’honneur de [nous] inviter au symposium”, second de ce genre, et, assurément, personne n’avait été obligé d’y aller, même si une liste où chaque élève devait y apposer sa propre signature, de sa main délicate, circulait dans la belle salle, grand amphithéâtre si spacieux, si impressionnant, si merveilleux. Que d’artifices ! Madame J. D**** a ensuite fait part de l’existence d’issues de secours par souci de sécurité ; en effet, il aurait été très malheureux de perdre des futurs ingénieurs d’I** ! Enfin, elle nous a évoqué la fameuse petite pause, vers 10 heures, et cela a été accueilli par de vifs applaudissements. Elle a su évoquer directement l’essentiel. Tonton B****** a pris le relais en insistant bien sur le fait que le Lycée H**** était un “lycée reconnu comme un lycée d’excellence”, et que, d’ailleurs, les élèves étaient ambitieux. Peut-être est-ce simplement parce que lesdits élèves ont été choisis parmi les meilleurs élèves de collège… En tout cas, “l’éducation la plus ambitieuse qui soit” nous a été réservée, et nous, qui n’avons “pas l’habitude des grands amphithéâtres”, étions très heureux de “[nous] rendre compte de [notre] situation [privilégiée, bien sûr]”, et, assurément, nous allions “vivre une expérience dont [nous nous souviendrions] longtemps”. Tonton a aussi précisé qu’il y avait un souci d’ouverture et que pour chaque lycée, et par exemple le Lycée H**** (au hasard !), l’objectif est de donner “l’éducation la plus précise”.
Après le petit discours de notre Tonton, Monsieur T***** (pas l’acteur !) est intervenu et nous a affirmé que, “mafoi, [il n’était] pas si mal placé” et qu’il avait eu l’occasion de faire des études assez poussées et une carrière plutôt sympathique, durant laquelle, par exemple, il a eu l’occasion de créer des “ordinateurs puissants”.
Madame C. H******, premier professeur féminin à l’X, a eu l’occasion de nous présenter la part des filles dans les études scientifiques, en s’appuyant sur les documents en couleurs qui nous ont été remis au début de la séance : ces documents nous présentaient de nombreuses statistiques sur cette fameuse place des personnes du sexe féminin dans les sciences, que cela concerne les études ou les professions. Normalement, Madame T****, l’un des professeurs de mathématiques les plus appréciés du lycée, devait intervenir mais elle n’a pas pu, fort heureusement, participer à ce mouvement féministe auquel les élèves étaient quelque peu moins réceptifs au sein de ce symposium. Mais certains élèves ont pu voir le diaporama qui lui était réservé, même si cela n’a duré qu’une moitié de seconde.
Madame N. B*******, professeur au Lycée H****, a présenté les classes préparatoires et trois élèves, du sexe féminin s’il vous plaît, ont fait part de leurs témoignages précieux.
Madame C. C**** a présenté un exposé très précis sur la recherche, en prenant un exemple concret. Elle a su rendre son exposé très intéressant et j’ai été, personnellement, captivé par son intervention.
Ensuite, Mademoiselle (ou Madame ?) A. T********* nous a dit qu’elle avait eu l’occasion de faire Polytechnique et les Mines ; nous avons juste retenu ceci : “Ah ah, l’X, c’était trop facile, alors j’ai décidé de faire Mines, mais Mines, c’était encore plus facile !”. En conclusion, de nos jours, elle a un métier qu’elle apprécie, elle voyage beaucoup. Mais elle n’a pas encore d’enfant. Nous nous en doutions. Sinon, sa situation aurait été toute autre.
Puis Madame S. B*****-R*** nous a évoqué les matières plastiques utilisées pour les disques. Elle a su faire sentir aux petits pirates que nous sommes que c’est très mal de télécharger de la musique.
La petite équipe d’I** est ensuite intervenue. Nous avons aussi eu droit à un merveilleux et fabuleux duplex avec un ingénieur I** qui était, normalement, à l’étranger, ou peut-être simplement dans un bureau au-dessus, nous l’ignorons.
Le dernier intervenant, Monsieur J. D********, ancien élève du Lycée H****, nous a apporté un témoignage qu’il a terminé avec l’évocation de la naissance de son sixième petit-enfant qui “[venait] de naître”, ce qui a été accompagné par une salve d’applaudissements. Les élèves ont été pris par les sentiments, que c’est émouvant.
Enfin, après une seconde intervention de Tonton B******, Monsieur D. C********, personne très haut placée car c’est effectivement le président d’I** France me semble-t-il, a pu clore ce merveilleux symposium en nous faisant une petite leçon de morale.
Étrangement, la vidéo présente sur le disque a été tronquée, elle ne dure que trois heures environ, alors que le symposium a duré presque quatre heures : d’une part, quelques questions ont été supprimées, et, d’autre part, quelques portions ont été supprimées, nous ignorons pourquoi.
Toujours est-il que cette réunion a été un pur “moment de plaisir”, où tout un chacun pouvait aisément griffoner sur un papier des dessins divers pour passer le temps. Nous avons pu découvrir les nombreux points positifs des études et des carrières scientifiques. Des points négatifs ? Assurément, il n’y en a pas. Le coût ? Ce n’est pas la peine de l’évoquer, à H****, on ne doit pas parler de cela, c’est très incorrect. L’angoisse provoquée par les classes préparatoires ? Elle n’a jamais existé ! Lorsque les pompiers venaient pour “éliminer” les corps des élèves qui s’étaient, hélas, suicidés, disons-le sans “tourner autour du pot”, ce n’étaient que des exercices, bien sûr, les gravillons n’avaient en aucun cas ouvert les boîtes crâniennes des malheureux qui ne faisaient que des cascades pour s’amuser.
Un reportage a d’ailleurs été tourné dans notre bel établissement et nous pouvons trouver, sur un site concernant notre cher lycée :
“Stress à l’école…”
Vendredi 21 novembre 1997 à 20h35 sur Canal+
Tristan (10 ans), Aude (14 ans), Nicolas (15 ans), Julie (15 ans) et Jérôme (17 ans) : cinq élèves en quête de diplôme, scolarisés de la sixième à la terminale au lycée H**** de V*********, l’un des 26 établissements modèles de l’enseignement public français. Une chance, donc, pour eux et leurs familles. Un cauchemar, surtout, à regarder le quotidien de ces élèves que M**** R**** et M***** B******** ont filmés pendant une année scolaire. C’est pas la Légion étrangère, mais c’est tout comme, dans une logique d’excellence. Rester dans ce lycée qui aligne 97% de réussite au bac tient en effet du parcours du combattant. Un défi que nous raconte avec pudeur et efficacité ce documentaire. Sans prendre parti, il donne des éléments de compréhension en plongeant dans un monde cruel où, au nom de la réussite programmée (Polytechnique ou rien…), les enfants sont soumis à une pression considérable. A voir leurs regards, l’attitude des parents exigeants et inquiets, on souffre avec eux à cause d’un mauvais contrôle en maths, d’un livret médiocre, d’une menace de redoublement. Jamais de répit, si peu de joie si ce n’est celle d’avoir une bonne note. Les uns craquent, les autres s’accrochent, inscrivent les courbes de résultats sur des ordinateurs pour mieux se corriger, avouent que leur objectif est d’être premiers. Et la vie dans tout ça ? Cette chronique sans fard de cinq jeunesses françaises donne envie de dire, à l’instar des bébés phoques : mais laissez-les vivre !
Télérama n° 2496 du 12 novembre 1997
Avec la montée du chômage, l’avenir des enfants est la préoccupation majeure de tous les parents. Pour eux, l’obtention de diplômes de grandes écoles représente un sésame pour accéder à un poste dans une grande entreprise ou une administration. Aussi mettent-ils tout en oeuvre pour donner un maximum de chances à leurs enfants. Mais il leur faudra travailler dur. La course à la réussite entraîne un stress permanent pour les enfants autant que pour les parents. M**** R**** et M***** B******** ont suivi, pendant une année scolaire, cinq élèves (Tristan, 11 ans, en 6°; Julie, 15 ans, et Aude, 14 ans, en 3°; Nicolas, 15 ans, en 2°; et Jérôme, 17 ans, en Tale) du lycée H**** de V*********. C’est un des vingt-six grands lycées de l’enseignement public, un modèle pour l’ensemble du système scolaire français, qui compte 97% de réussite au bac. La sélection, rigoureuse et implacable, s’effectue sans relâche tout au long du secondaire. Le succès est à ce prix.
Télé 7 Jours n°1955
“Réponse” du Lycée H**** à ce reportage dans la brochure destinée aux parents d’élèves d’Avril 1998 :
Ce film diffusé sur Canal+ le 21 novembre 1997 avait pour titre initial “Les voix de la réussite”. Souvent émouvantes, les images de Maria Roche sont révélatrices de la pression que subissent les enfants autant que du stress enduré par leurs parents. Le manque d’équilibre et donc de représentativité de ce film est néanmoins fort regrettable, car “on peut être excellent sans stress et l’on peut être à H**** sans être excellent” !
Quelques commentaires recueillis auprès de quelques intéressés :
“Certaines vraies questions ont été posées sur les difficultés des adolescents sur les relations parents - enfants ainsi que sur les rapports élèves - professeurs. Ces derniers se devant d’être exigeants pour tous.” Parent 4ème-2de
“C’est vrai que l’on sent un vrai stress chez ces élèves. Mais ne pensez-vous pas que le stress est plus grand quand on sort de l’école sans bagage et sans niveau scolaire ?” Parents 1ère
“Ce film ne colle pas à la réalité et d’ailleurs nous avons écrit à Canal+ pour exprimer notre surprise de ne pas du tout nous reconnaître dans ce documentaire. Dommage que la France n’ait vu que ça de notre lycée.” Elèves de plusieurs classes
“Le film m’a beaucoup plu. Les élèves semblent sérieux et bien encadrés. Le rôle humain du CPE m’a frappé. Les élèves ne sont pas livrés à eux-mêmes. Ils comprennent vite qu’il faut des résultats. Le professeur de biologie est un homme remarquable et donne presque envie de retourner en cours.” Parents de Mantes la Jolie
“C’est dommage de n’avoir montré que des parents un peu trop caricaturaux. C’est une véritable anti - pub pour le lycée. Il y a un désaccord profond entre le titre et le traitement du sujet : 6 élèves ne sont pas représentatifs de 2300.” Parents de plusieurs classes
“Le film montre un objectif en permanence axé sur les notes de maths, sans tenir compte des autres aspects (épanouissement de l’élève). Les échos autour de moi ne sont pas très positifs.” Parent 3ème-Tle
“H****, c’est quand même quelque chose. C’est vrai que ce n’était pas toujours facile. Mais croyez-moi, ce qu’il en reste pour la vie n’est pas négatif.” Un ancien de H****
“Jamais je ne mettrai mes enfants dans un lycée comme celui-là.” Un commerçant versaillais
“Il ne faut pas oublier que le collège H**** est sectorisé donc ayant les mêmes problèmes que les autres.” Parent 5ème
“En y arrivant en 2de, H**** a été pour moi synonyme de liberté.” Elève de Tle
“J’ai mis mes enfants à H**** en connaissance de cause. Être dans un milieu peu porteur est plus stressant que de les aider à réussir. Pourquoi ne montrer que le côté négatif, surtout en caricaturant ?” Parent 4ème-2de-Tle
Je vous laisse simplement juger par vous-même et vous faire votre propre idée du lycée… Ce reportage a-t-il donc présenté le Lycée H**** de manière irréaliste ? Ou a-t-il, au contraire, mis le doigt sur “ce qui faisait mal” ?
Quoiqu’il en soit, le symposium de quatre heures aura été, décidément, une sacrée séance de propagande pure ; presqu’aucun point négatif n’a été abordé ; de toute façon, il ne s’agissait pas de parler de cela là-bas. Et puis, si l’on me dit que les intervenants ont été payés, cela ne m’étonnera pas. Par ailleurs, les disques qui ont été préparés par les soins d’I** et G****** C***********, me semble-t-il, n’ont pas été gratuits : c’est là que l’on est amené à se poser des questions sur le budget du lycée, qui ne semble pas se porter si mal que cela, et, pourtant, les élèves doivent encore acheter de leur propre chef des raquettes de badminton.
Phoenicis Penna
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